[Interview] – Florian Sägesser !

Florian SägesserPoint de suture… Souvenez-vous, j’ai eu un énorme coup de coeur pour son premier roman ! Aujourd’hui encore, il continue de m’accompagner, Arthur et Rémy sont toujours présents. Ils sont rares ces livres qui vous suivent, et je suis ravie que celui-ci fasse partie de ceux gravés en moi.

J’avais envie d’en apprendre plus sur l’auteur qu’il est et je remercie chaleureusement Florian d’avoir répondu à mes questions, des réponses que je trouve « poétique ».


Interview de Florian Sägesser, auteur de Point de suture, publié chez Olivier Morattel

Photo - Samuel Fromhold

Photo – Samuel Fromhold

Bouquiner : Bonjour Florian, pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Florian Sägesser : Bonjour. Je suis né à Nyon il y a bientôt trente ans. Mon premier roman, « Point de suture », est sorti en mars de cette année – un grand moment, une deuxième naissance ! L’écriture rythme mes journées, tantôt au bureau puisque je travaille comme journaliste pour « Le Quotidien de La Côte », tantôt à la maison, lorsque j’avance sur mes manuscrits. Et durant mon temps libre – il m’en reste, rassurez-vous – je lis et je fais du sport, beaucoup de tennis notamment.

B : Vous êtes journaliste pour « La Côte », pourquoi cette passion pour l’écriture ?

F. S. : Ma passion pour l’écriture découle de ma passion pour la lecture. Je me suis aussi découvert très vite une certaine facilité dans ce domaine. J’aime écrire, fondamentalement ; empoigner la plume pour tracer de belles lettres, soignées. Je préfère par exemple le courrier au courriel, beaucoup plus personnel. J’y vois aussi une autre raison : petit, j’avais le sentiment de devoir me battre pour prendre la parole et partager mon avis. Peut-être n’était-ce qu’une impression ? Mais quand je me lançais enfin, je débitais un nombre d’idées à une vitesse inimaginable, de peur de me faire couper la parole. Corollaire, je mâchais mes mots, mes phrases n’étaient pas toujours très claires. J’ai compris qu’avec l’écriture, je m’évitais ce stress. Je pouvais prendre le temps d’exposer mes idées, sans pression ni crainte.

B : Comment passe-t-on de journaliste à l’écriture d’un roman ?

F. S. : Je ne crois pas que l’un amène forcément à l’autre. Ce sont deux activités que je mène en parallèle, nourries par mes envies, depuis longtemps. Le journalisme m’apporte toutefois une systématique ; écrire vite, de manière précise et synthétique. Cela officie finalement comme un bon entraînement. L’écriture n’est certes pas la même, mais je ne suis guère rattrapé par le syndrome de la page blanche. Je sais généralement où je vais, ou du moins par quel bout tirer le fil de la pelote, que cela soit pour un article comme pour un roman.

B : Quelles sont vos habitudes d’écriture en tant que journaliste et écrivain ? Avez-vous besoin d’être dans une « bulle » lorsque vous écrivez ?

F. S. : Mes habitudes sont diamétralement opposées, selon l’activité. En tant que journaliste, je suis habitué à écrire dans un « open space », soit dans un environnement sans cloisons, où le bruit flotte constamment. Cela ne me gêne pas, j’apprécie même cela. En revanche – est-ce parce que l’écriture d’un roman est bien plus personnelle ? Sûrement – je dois vraiment me retrouver au calme pour avancer sur mes manuscrits. Du moins, lorsqu’il s’agit du premier jet.

B : Si vous deviez présenter votre premier roman en trois mots, lesquels utiliseriez-vous ?

F. S. : « Point de suture », en trois mots ? Fraternité, résilience, humanité.

B : Avez-vous commencé l’écriture de votre histoire en connaissant la fin ? Comment saviez-vous où votre livre devait s’arrêter ?

F. S. : Oui, généralement j’ai une idée précise du début et de la fin, de la dernière scène, des dernières phrases. Ce fut le cas pour « Point de suture », je savais où je voulais aller. Mais entre le début et la fin, à certains moments, je me suis laissé surprendre par la tournure que prenaient les événements.

B : Dans ce roman, vous nous emmenez au cœur d’une histoire de deux frères séparés dans leur enfance par le divorce de leurs parents. Comment vous est venue cette inspiration ?

F. S. : Les sources d’inspiration furent multiples. Premièrement, j’ai bâti une relation très forte avec mon frère ; cela m’intéressait de prendre le contre-pied, d’explorer une fratrie déchirée. Deuxièmement, je sais que cette situation – les parents gardant chacun un des enfants – existe, et cela m’interpelle et me révolte. Pour le reste, il s’agit d’un amalgame d’idées, de passablement de travail, pour que tout prenne forme.

Photo - Samuel Fromhold

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B : Pourquoi avoir choisi les États-Unis et Paris ?

F. S. : New York et Paris sont deux villes que j’adore. Au départ, ce choix relevait du clin d’œil, puis je me suis vite aperçu que ces deux lieux avaient une réelle importance. Comme les personnages, ces villes ont des cicatrices. Et pour que la séparation soit crédible, il fallait de la distance. L’océan Atlantique symbolise cette déchirure. Tous les murs ne sont pas faits de briques.

B : Comment avez-vous construit les personnages de Arthur et Rémy ? Est-ce qu’ils se sont imposés rapidement/facilement ?

F. S. : Arthur et Rémy ont gentiment grandi dans mon imaginaire, au fil d’expériences personnelles et d’observations. Je ne me rappelle plus précisément si mes personnages existaient avant l’histoire, ou si la trame de l’histoire existait avant mes personnages, ou si tout a pris forme en même temps. Une certitude : au moment de me lancer dans l’écriture de « Point de suture », leurs biographies étaient claires.

B : Quel a été votre chemin vers la publication de votre premier roman aux éditions Olivier Morattel ? Avez-vous envoyé votre manuscrit à d’autres maisons d’édition ? Si vous avez reçu d’autres réponses positives, pourquoi avoir choisi de publier chez Olivier Morattel ?

F. S. : J’ai envoyé mon roman à deux maisons d’édition en Suisse romande, dont Olivier Morattel. Le comité de lecture de l’autre maison a refusé, après débat. Je suis heureux qu’Olivier ait accepté. Parce qu’il donne la chance à de jeunes auteurs, il se bat pour eux. Parce que j’ai notamment aimé le travail qu’il a effectué avec Quentin Mouron. Parce qu’aussi, lorsque j’ai un de ses livres entre les mains, j’éprouve un réel plaisir ; ce sont de très beaux objets.

B : Comment s’est passée la réécriture de votre manuscrit ? Combien de fois l’avez-vous lu ? Avez-vous relu votre livre depuis sa sortie ?

F. S. : Nous avons pris le temps pour la réécriture, un travail intense mais facile. Facile parce qu’avec Olivier ainsi que sa collaboratrice Aurore Aranda, le courant est tout de suite très bien passé. Nous étions très vite sur la même longueur d’onde. Ils m’ont compris et je les ai compris. J’en garde donc un très bon souvenir, cela m’a forgé et rendu meilleur. Combien de fois ai-je lu et relu mon texte ? Je n’en sais rien, je ne me suis pas amusé à compter… Un nombre vertigineux, je pense (rires). Depuis sa sortie, j’ai relu mon roman une seule et unique fois. Il doit faire sa vie, maintenant.

B : Quel a été votre ressenti lorsque vous avez eu « Point de suture » pour la première fois en mains ?

F. S. : Une fierté immense ! La concrétisation à la fois d’un rêve et d’énormément de travail, un condensé d’émotions très fortes. J’ai vraiment eu la sensation d’avoir réalisé quelque chose qui comptait. J’ai mesuré le chemin parcouru, sur un plan personnel, quel accomplissement !

B : Quel est votre meilleur souvenir depuis la sortie de votre roman ?

F. S. : Sincèrement, il m’est très difficile de n’en ressortir qu’un seul. Parce que je conserve précieusement chaque instant, chaque rencontre, chacune particulière. Le vernissage représentait quand même un moment très spécial, entouré de mes proches, d’amis qui me sont chers, de connaissances et de personnes que je rencontrais pour la première fois.

B : Quelle a été la réaction de votre entourage lorsque vous leur avez annoncé que vous écriviez un livre, l’ont-ils lu et qu’en ont-ils pensé ?

Photo - Samuel Fromhold

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F. S.: Lors de l’annonce, lâchée de manière discrète au milieu d’une conversation, nous étions au restaurant et mon père s’est presque étouffé avec sa feuille de salade (rires). Ma mère, elle, a eu les larmes aux yeux. Pour tout dire, ils ne l’ont su que lorsque le livre était sur les rotatives. Quelle surprise, n’est-ce pas ? Ils ont eu droit à leur exemplaire le soir du vernissage et l’ont dévoré dans la foulée. Conquis et fiers.

B : Quel est le genre de littérature que vous lisez ? Êtes-vous plutôt « lecture papier » ou « lecture électronique » ? Pourquoi ?

F. S. : Papier, uniquement ! J’ai horreur des liseuses. J’ai besoin de sentir les pages entre mes doigts. J’ai l’impression de tisser un lien spécial avec l’ouvrage. Je lis énormément, de tout, de la littérature suisse, française, anglo-saxonne, russe, sud-américaine, japonaise. Je n’exclus rien mais me plonge bien moins facilement dans la science-fiction ou dans l’héroïque fantaisie.

B : Je vous laisse le mot de la fin, qu’auriez-vous envie d’ajouter ?

F. S. : Je tiens à vous remercier pour le temps que vous m’avez consacré. Et un merci tout particulier à toutes les lectrices et tous les lecteurs qui rendent cette aventure si spéciale. Je suis extrêmement touché. Bon, je vous laisse, j’ai un roman sur le feu. C’est d’ailleurs en cuisinant que m’est venu le titre « Point de suture » (sourire).

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