[Interview] – Marie Javet nous parle de son premier roman : La Petite Fille dans le Miroir !

Interview de Marie Javet auteure de
La Petite Fille dans le Miroir


Bouquiner : Bonjour Marie, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Marie Javet : Bonjour Stella. En quelques mots, je suis passionnée de lecture depuis toujours, et d’écriture depuis longtemps. J’ai toujours gravité d’une façon ou d’une autre autour du monde des livres : édition, bibliothèque, écriture, lecture, blog. Je suis également fan de séries TV qui me fascinent souvent par la qualité et la richesse des scénarios. Une bonne histoire est une bonne histoire, quel que soit le support, et j’adore les histoires… J’ai cependant d’autres centres d’intérêt comme la marche et le yoga. Des activités qui me permettent de « sortir de ma tête » et qui sont nécessaires à mon équilibre.

B : Tu as fait partie du comité de lecture des éditions Plaisir de Lire et tu t’occupes actuellement de leur site internet et de la communication sur les réseaux sociaux. Comment t’es venue cette envie d’écrire à ton tour ?

M. J. : En fait, l’idée d’écrire a précédé de très loin mon expérience dans le comité de lecture, puisque j’ai dû rédiger mon premier bout de manuscrit vers l’âge de 11 ans. Une histoire de cimetière et de squelettes, qui m’effrayait moi-même quand je me relisais. Je pense que c’est là que j’ai dû découvrir ce qu’on appelle « le pouvoir des mots». Et c’est sans doute pour cela que je n’ai pas réitéré l’expérience jusqu’à la fin de la vingtaine. J’ai probablement attendu d’être un peu moins impressionnable. À cette époque-là, je me suis lancée dans l’écriture d’un thriller médiéval autour de l’histoire d’Héloïse et Abélard, un projet sans doute un peu trop ambitieux pour un premier roman. En 2010, j’ai eu la chance de voir une de mes nouvelles, Olivia, éditée dans un collectif, Petites Histoires Policières, aux Editions Zoé.

B : Quelles sont tes habitudes d’écriture ? Est-ce que tu écris à la maison, dans un endroit précis, ou lors de tes déplacements ? As-tu besoin d’être dans une « bulle » lorsque tu écris ?

M. J. : Je peux écrire n’importe où : à la maison ou dans un café, par exemple. À la maison, j’aime bien m’assoir à la table du salon, avec la fenêtre derrière moi, pour la lumière. Souvent, quand je suis dans la partie créative, et que j’ai besoin d’inspiration, j’écoute de la musique. La musique est d’ailleurs présente dans mes écrits, elle me suggère une ambiance, un univers. Je n’ai pas besoin d’être dans une « bulle » pour m’y mettre, mais la « bulle » se crée sans que l’on ne s’en aperçoive. Au début, je suis distraite, je vais me faire un thé ou un café, je m’interromps pour écrire un mail et puis, tout d’un coup, je suis « dedans ». Pour moi, c’est plus un « flux » qu’une « bulle », c’est une dynamique positive, un moment de grâce où le temps, les soucis et le monde extérieur disparaissent : on ne fait plus qu’un avec l’écriture. J’ai toujours peur en commençant que ce moment n’arrive pas, mais heureusement, la plupart du temps, il est au rendez-vous.

B : Je sais que tu as beaucoup partagé avec Marc Voltenauer (auteur du polar « Le Dragon du Muveran) pour l’écriture de ton livre. Qu’est-ce que cela t’a apporté ?

M. J. : Ceci n’est pas tout à fait exact puisque j’ai écrit la première version de mon livre en 2012 et que j’ai connu Marc Voltenauer seulement en 2015, lorsque j’ai été amenée à travailler sur la correction du Dragon. Mais depuis, nous relisons en effet régulièrement nos manuscrits respectifs, nous donnons des conseils et nous encourageons mutuellement. Ce partage m’apporte énormément puisque je me sens beaucoup moins seule dans ce processus d’écriture. Une collaboration littéraire et une belle amitié…

B : Où as-tu puisé ton inspiration ? Depuis combien de temps étais-tu sur l’écriture de ton livre ?

M. J. : L’écriture de ce livre s’est faite en plusieurs étapes. La première version de 2012 a été écrite en 6 à 8 mois environ. À cette époque je n’étais pas capable de retravailler un manuscrit, je n’arrivais pas à me remettre en question, à savoir quoi changer pour l’améliorer. Je n’étais donc pas « prête ». Lorsque je l’ai repris, en 2015, je l’ai retravaillé une première fois, puis, après quelques lectures et conseils supplémentaires, une deuxième fois. J’ai appris à aimer cette phase de retravail que je détestais auparavant. Dernièrement, je viens de faire encore quelques changements après discussion avec la responsable éditoriale. Je dirais que cette réécriture, par étapes, a duré environ 6 mois. Donc en tout j’ai dû passer un peu plus d’un an sur le manuscrit, mais pas en continu. Comme quoi tout le travail est loin d’être fait après le premier jet… Quant à l’inspiration pour le livre, je crois que la toute première impulsion est venue de photos que j’ai vues sur les murs d’un hôtel d’Interlaken qui est la version réelle de celui (fictif, mais ressemblant) qui figure dans le roman. Ces photos représentaient l’hôtel au début du siècle passé, avec des gens dans les rues, en vêtements d’époque. Il n’en a pas fallu plus pour faire travailler mon imagination…

B : Est-ce que ton expérience du monde de la littérature du côté éditorial a-t-elle influencé ton écriture ? Est-ce que tu t’es mis des barrières étant donné que tu « savais » ce qu’il ne fallait pas faire ?

M. J. : Je ne suis pas sûre que cette expérience ait particulièrement influencé mon écriture. En tout cas pas plus que le fait de lire un livre publié Il n’y a pas de formule magique, pas de recette de cuisine. Qu’est-ce qui fait que tel manuscrit passe la rampe, que tel autre est rejeté ? De même, qu’est-ce qui fait que tel livre nous séduit alors que tel autre nous laisse de marbre ? Qu’est-ce qu’une bonne histoire, que sont des personnages attachants ? Quelles thématiques vont interpeller le lecteur ? Si on connaissait la formule, ce serait plus simple, bien entendu… Je ne me suis mis aucune barrière particulière. J’essaie d’écrire des histoires que j’aimerais moi-même lire. Si j’ai appris de mon expérience côté éditorial, une chose qu’il fallait ne pas faire, c’est surtout la suivante : il faut éviter d’envoyer des manuscrits non reliés. C’est très irritant pour le lecteur de devoir lire un paquet de feuilles volantes !

B : As-tu commencé l’écriture de ton livre en connaissant la fin ? Sinon, comment as-tu su que ton histoire était terminée ?

M. J. : J’ai commencé mon roman en ayant une direction générale. Je savais plus ou moins où l’histoire allait me mener. Mais, bien entendu, je me suis réservé quelques surprises en cours de route. J’ai su exactement quand mon histoire était terminée. La boucle était bouclée, la quête du personnage achevée. Il y a bien sûr un ou deux petits points qui restent en suspens, mais c’est voulu. Je crois que la vie des personnages continue, une fois le livre refermé. Mais elle ne regarde plus l’auteur. Sauf dans les romans à suite. Et la Petite fille dans le miroir n’est pas un roman à suite.

B : La petite fille dans le miroir, un titre intriguant, mais quel genre de roman se cache derrière ce titre ?

M. J. : Je dirais que La Petite Fille dans le miroir est un suspense psychologique avec une composante fantastique. J’ai écrit mon mémoire de fin d’études sur la littérature fantastique du XIXème siècle et plus particulièrement sur le Horla de Maupassant. Le fantastique est un genre que je trouve intéressant. Je voulais rendre hommage à ce modèle de littérature, mais avec une tournure moderne, une remise au goût du jour. Mon personnage principal est une écrivain qui se retrouve confrontée à une petite fille qui apparaît dans le miroir d’un hôtel où elle passe l’été 2012 pour écrire. Est-elle folle ? La petite fille est-elle « réelle » ? Cette écrivain cache un lourd secret et, pour faire face à ses démons personnels, elle va devoir résoudre le mystère de cette apparition…

B : Si tu devais présenter ton roman en trois mots, lesquels utiliserais-tu ?

M. J. : C’est une question difficile. Je pense que c’est au lecteur de répondre. Je ne peux que dire l’intention que j’ai voulu lui donner en l’écrivant. J’espère qu’il est : Captivant. Émouvant. Original.

B : Comment as-tu construit tes personnages ? Est-ce qu’ils se sont imposés rapidement/facilement ? Lequel préfères-tu ?

M. J. : Mon histoire est en centrée sur un personnage principal qui est dans un moment difficile de sa vie, un moment où le passé qu’elle a mis beaucoup d’énergie à fuir est en train de la rattraper. Des personnages secondaires gravitent autour d’elle, mais c’est bien entendu ce personnage principal auquel je me suis le plus attachée. Et puis, elle est écrivain… J’ai un petit faible pour les écrivains. Pour autant, ce n’est pas moi ! D’abord parce qu’elle est très connue et auteure de best-sellers. Et, si son succès pourrait être tentant, ses problèmes le sont beaucoup moins… De plus, elle a un système de petites fiches pour l’élaboration de ses romans et un emploi du temps très minuté et régulier qui m’assommerait par son caractère routinier. Je ne suis de loin pas aussi organisée qu’elle ! Hormis ce personnage, j’ai également beaucoup d’empathie pour la petite fille du miroir… Et oui, pour répondre à l’autre question, pour moi, dans l’écriture (et c’est la même chose pour mon deuxième manuscrit), les personnages s’imposent rapidement. Comme s’ils existaient dans ma tête avant de vivre sur le papier.

B : Ton livre sera publié aux éditions Plaisir de Lire, mais as-tu envoyé ton manuscrit à d’autres maisons d’édition ? Si oui, as-tu reçu d’autres réponses positives et comment as-tu fait ton choix ?

M. J. : Après avoir envoyé une première version à une grande maison d’édition suisse, je l’ai donc retravaillé, trois ans plus tard, et envoyé à deux autres petites maisons, outre Plaisir de Lire. L’une ne m’a pas répondu et l’autre m’a envoyé un refus très argumenté et détaillé, en soulignant les points forts du livre, mais aussi ses points faibles. Il y a eu alors une autre phase pendant laquelle j’ai retravaillé le manuscrit en tenant compte des remarques de cet éditeur, qui m’ont été très précieuses. J’ai eu l’occasion de l’en remercier. Entretemps, Plaisir de Lire, à qui j’avais envoyé mon manuscrit sous un pseudonyme, m’avait répondu positivement. Mais les modifications apportées sont restées…

B : Tu as écrit ton livre, tu as envoyé ton manuscrit, tu as attendu une réponse positive, mais comment cela se passe-t-il une fois le contrat signé ? Y a-t-il eu un travail de réécriture ? As-tu eu ton mot à dire par exemple sur l’illustration de la couverture, sur le résumé de la quatrième de couverture, sur les événements à venir ? Comment se passent les échanges entre l’auteur et la maison d’édition ?

M. J. : Il y a eu ce travail de réécriture mentionné précédemment et que j’avais amorcé de ma propre initiative. Il y a eu encore quelques modifications mineures après suggestions de la responsable éditoriale. Une correctrice va encore le relire après mise en page pour repérer les coquilles. En parallèle, j’effectuerai une ultime relecture. J’ai suggéré la photo de la couverture et le graphiste est en train de travailler dessus : j’ai hâte de découvrir le résultat. Les échanges se passent très bien avec la maison d’édition, mais cela provoque parfois une sensation bizarre d’être passé de l’autre côté de la barrière, en tant qu’auteure.

B : Tu es maintenant auteure, que ressens-tu ? En avril, ton roman sera entre les mains des lecteurs, as-tu des appréhensions ? Comment se sent-on à l’approche de la sortie de son premier livre ?

M. J. : Je ne réalise pas toujours. Un mélange de fierté, de joie et un peu d’angoisse aussi. Bien entendu, il y a des appréhensions. Là, il y a encore la phase d’une ultime relecture pour repérer les éventuelles coquilles après mise en page, mais, comme on dit, le sort est jeté ! L’histoire ne m’appartient plus. Les premières réactions ont été très positives, et cela me rassure. Le livre plaira à certains lecteurs, moins à d’autres. C’est le sort de tous les livres. Il faut l’accepter et lâcher prise. C’est parfois plus facile à dire qu’à faire. Je me sens à la fois impatiente, anxieuse et heureuse, un mélange de sentiments…

B : Quelle a été la réaction de ton entourage lorsque tu leur as annoncé que tu écrivais un livre ? Est-ce que ta famille l’a lu et qu’en a-t-elle pensé ?

M. J. : Personne n’a été surpris dans mon entourage. Tout le monde connaît ma passion pour l’écriture. Ils ont été très fiers à l’annonce de la publication. Quelques membres de ma famille et des amis l’ont lu et ils l’ont aimé, ce qui est très réconfortant, même si on les soupçonne toujours un peu de ne pas être totalement impartiaux…

B : As-tu déjà une anecdote à partager ? Ton meilleur souvenir avant la parution de La petite fille dans le miroir ?

M. J. : Pas encore d’anecdotes, mais déjà plusieurs très bons souvenirs : lorsqu’on m’a annoncé que le manuscrit avait franchi le premier cercle de lecture, lorsqu’on m’a annoncé qu’il allait être publié, lorsque j’ai signé le contrat, lorsque j’ai réalisé que pour la première fois j’allais me rendre au Salon du Livre de Genève en tant qu’auteur, lorsqu’on a commencé à parler d’une date pour le vernissage. Chaque étape vers la publication contient son lot de joies et de satisfactions.

B : Quel est le genre de littérature que tu lis ? Es-tu plutôt « lecture papier » ou « lecture électronique » ? Pourquoi ?

M. J. : Je lis de tout. Beaucoup de classiques à l’adolescence avec une préférence pour Zola et Maupassant. Maintenant, je privilégie des auteurs contemporains aussi divers que Stephen King, Paul Auster, Patrick Modiano, Ruth Rendell, Douglas Kennedy, Margaret Atwood ou encore Sylvain Tesson. Récemment, j’ai eu un gros coup de cœur pour Philippe Besson. J’ai longtemps beaucoup lu en anglais et en français, mais depuis que j’écris intensivement, je préfère lire en français. Je lis les livres en français sur papier, ainsi, je les fais passer plus loin après lecture. Au risque de choquer certains grands lecteurs, je ne garde que peu de livres, car je relis peu. J’aime donner les romans que j’ai appréciés, partager l’expérience avec d’autres. Je lis sur liseuse les livres en anglais. Je préfère nettement la lecture papier, ne serait-ce que parce que je peux me rendre compte plus facilement de ma progression de lecture, les pourcentages me parlent moins que l’épaisseur des pages entre les mains. Et puis, je me rends compte que je ne me souviens jamais des titres ou auteurs des livres lus sur liseuse, parce que je ne les ai jamais sous les yeux.

B : Tu es blogueuse littéraire pour le blog The Constant Reader. Est-ce que tu vas continuer à partager tes lectures ?

M. J. : Oui, je pense que je vais continuer à partager mes lectures. J’adore écrire, mais lire, c’est encore plus vital pour moi. Comme dit Stephen King « Si vous n’avez pas le temps de lire, vous n’avez pas le temps (ou les outils) pour écrire. C’est aussi simple que ça ». Et donc, si je continue à lire, il n’y a aucune raison pour que j’arrête de chroniquer ! Chroniquer est un autre moyen de partager ses enthousiasmes littéraires. Simplement, il y a des phases d’écriture intensive où je suis moins active sur mon blog.

B : Je te laisse le mot de la fin, qu’aurais-tu envie d’ajouter ?

M. J. : Merci Stella, pour cette interview. Nous partageons cette passion pour la lecture et tu la transmets aux lecteurs avec enthousiasme via ton blog. J’ai eu beaucoup de plaisir à répondre à tes questions et je souhaite longue vie à Bouquiner !


J’ai lu et adoré La Petite Fille dans le Miroir. Marie Javet nous propose un premier roman passionnant et j’ai hâte de vous en parler très vite !

Son roman est disponible en librairie et pour en savoir plus, vous pouvez cliquer ici !

Laisser un commentaire